Le SIAO 2012, pas mal dans l’ensemble

ImageLe Salon International de l’Artisanat de Ouagadougou dont le top départ a été donné le 27 Octobre 2012 tire inexorablement  vers son point de chute. A moins de 48h de la clôture de cette édition, il paraît intéressant de faire une lecture panoramique des différentes activités marquant de ce salon et surtout de l’organisation dans l’ensemble.

Le Burkina Faso vient de relever un autre défi, organiser avec brio la treizième édition consécutive du Salon International de l’Artisanat de Ouagadougou. Depuis son  institutionnalisation en 1988, la manifestation ne fait que gagner en visibilité et en popularité et capitalise les expériences. Chaque édition est un lieu d’innovation et ce n’est pas la treizième édition qui aurait fait l’exception. Le renforcement de la capacité d’accueil du salon avec la construction du Pavillon du Soleil Levant en est l’avancée majeure, de même que l’atteinte d’une certaine sécurité énergétique avec l’acquisition d’un groupe électrogène de 500 kwa. La mise en place de l’espace de rencontres Business to Business (B to B)  reste une des nouveautés de ce 13ème salon dont on ne peut taire les mérites. Les rencontres B to B est un rendez-vous d’affaire entre les artisans africains et les acheteurs professionnels venus d’autres continents. Ce cadre dont l’ouverture est intervenu le 27 Octobre a refermé ses portes le 30, soit trois jours d’intenses négociations  vient marquer la preuve de la volonté des autorités d’aller vers  une émergence économique de l’artisanat africain. Le SIAO 2012,    c’est aussi la mise en place d’un système unique de communication grand public sur le site et une optimisation de la sécurité avec le dispositif de vidéosurveillance et le déploiement de nombreuses forces de sécurité dans les moindres recoins du site. En ce qui concerne l’espace restauration, l’ animation centralisée  est à saluer. Du reste, en marge du salon s’est tenue la réunion du Comité de Coordination pour le Développement et la promotion de l’artisanat (CODEPA), toujours dans la dynamique de faire de l’artisanat un vecteur de développement en Afrique. En rappel, ce cadre de concertation est né en 1990, lors de la deuxième édition du SIAO avec comme objectif de créer une concertation étroite entre les pays membres pour la poursuite de réflexions et d’entreprises autour des questions fondamentales de l’artisanat africain. Un séminaire  sur  le thème  » Artisanat Africain, Concurrence et Protection des œuvres » et un atelier de formation sur l’exportation des produits artisanaux ont également jalonné ce salon. En bref, des activités riches en terme de perspective pour l’artisanat africain et une organisation emprunte de maturité en dépit des petits couacs comme le débarquement en plein salon d’artisans non enregistrés, la difficile canalisation des marchands ambulants au sein même du site, l’insuffisance de bacs à ordures, décriée.

BARO Orokiatou

La Côte de l’Ivoire à l’honneur

Le Salon International de l’Artisanat de Ouagadougou, pour marquer son amitié avec les pays invités au SIAO, a désigné des invités spéciaux. Tout au long du salon, une journée leur est dédiée afin de leur rendre hommage. On se rappelle que c’est le Japon qui a ouvert le bal le 27 octobre, jour même de l’ouverture officielle. Ce 1er Novembre constitue le tour de la Côte d’Ivoire, et comme il fallait s’y attendre les représentants de l’artisanat ivoirien n’ont pas du tout fait dans la dentelle dans la célébration de cette  journée.

C’est par une grande soirée culturelle à l’espace Dieudonné que   les activités marquant la journée ivoirienne du SIAO ont connu leur apothéose. Au menu, un grand défilé de mode avec des stylistes de renom d’Eburnie à l’image de Cissé Moïse, Hortensia, pathé’O et d’autres stylistes burkinabè. La soirée a été également jalonnée  par des prestations musicales avec des troupes traditionnelles ivoiriennes, et un groupe de chorégraphe et la prestation de la grande Mawa Traore pour boucler la boucle. Dans la matinée, le directeur de l’artisanat ivoirien a  présenté le stand institutionnel de la Côte d’Ivoire en présence de la marraine de cette journée,  Son Excellence Mme Chantal  Compaoré, épouse du président du Faso. Ils ont aussi veillé à ce que la plupart des stands ivoiriens soient visités lors de cette journée. Dans la même veine, le podium du SIAO a été animée par des chorégraphes et troupes musicales traditionnelles venues  de la Côte d’Ivoire. Le pays d’Houphouët Boigny est présent à ce 13ème SIAO avec environ  200  exposants repartis dans 49 stands dont le stand officiel qui est de  54m2 et qui présente un échantillon des œuvres de chaque artisan ivoirien présent au SIAO. Les œuvres exposées relèvent surtout de  l’artisanat  d’art avec la sculpture, les objets décoratifs, du textile mis en valeur par de grands couturiers, de l’art capillaire, de l’agroalimentaire et de la vannerie dont les plus importants sont les salons en bambou, en rotin et les objets en raphia. Selon le mot de M. Assemian YAPO, directeur de l’artisanat ivoirien, ce secteur se porte assez bien. Environ  40%  de la population ivoirienne travaillent dans l’artisanat, c’est dire qu’un travailleur ivoirien sur 4 est artisan . L’État a compris que c’est un secteur porteur, pourvoyeur d’emploi. Aussi, la première des choses est de mettre en place des infrastructures pour faire sortir ce secteur de l’informel, plusieurs sites sont exploités pour la construction de grands marchés, de grands centres, de gros villages d’artisans. En ce qui concerne les actions de promotion, un fonds d’appui à la promotion de l’artisanat (FAPA) leur permet  de pouvoir bénéficier d’aides pour booster leurs productions. Par ailleurs, un marché de l’artisanat est prévu pour février- mars 2013 . Il reconnait  qu’avec la crise, l’artisanat a connu des difficultés mais rassure qu’il  œuvrent  à la relance de ce secteur.  Tout en remerciant les organisateurs du SIAO d’ avoir choisi son pays comme invité spécial et de leur avoir dédié cette journée du 1er, le directeur de l’artisanat ivoirien  a profité de notre micro pour apprécier la présente édition. Le SIAO essaie d’année en année d’innover, selon lui. La mise en place des rencontres B to B qui a permis aux artisans et aux acheteurs professionnels d’échanger, est à saluer, les badges ont été mis tôt à leur disposition par rapport aux années précédentes, ce qui est à féliciter. La seule critique est que le pavillon marron dit climatisé ne l’est pas en réalité, il fait très chaud alors qu’au pavillon soleil levant qui est d’ailleurs plus grand que celui là c’est pas le cas. Dans l’ensemble le professionnalisme est à saluer, a t-il tenu à préciser.

BARO Orokiatou

Les artisans : ces génies du matériau

Le bois, le métal, l’argile, les dérivés forestiers comme le rotin, la calebasse, le bambou sont autant de richesses africaines mises en valeurs par les ouvriers de l’esprit. Il est important de reconnaitre qu’au delà du pouvoir créatif de l’artisan, le choix du matériau donne plus d’éclat au produit fini. En sillonnant les stands du SIAO, notre curiosité s’est portée sur trois matières premières, dignes à notre sens d’être visitées. Le propre de l’artisanat c’est de valoriser les matières locales avec des techniques de transformation en grande partie manuelles . Tout se passe comme dans les réactions chimiques, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. C’est impressionnant de voir comment le génie de ces artisans arrive à les faire transformer autant de matières en des objets utilitaires. Des matériaux qui en plus de servir à la confection d’œuvres admirables, participent de la protection de l’environnement et à la promotion de nos potentialités naturelles.

Un artisanat pour la sauvegarde de l’environnement

« Les sachets plastiques et les boîte de conserve »

Le recyclage des sachets plastiques  est une  initiative salutaire de la part des artisans. Tout en réduisant la pollution par les sachets plastiques, ils génèrent plusieurs activités quand on sait que la transformation suit   une chaîne : ramassage, lavage, coupe, tissage et couture. Le plus appréciable est que ce matériau permet la confection d’une diversité d’objets : des portes clés, des pagnes, des sacs, des objets de décoration… Les boîtes et cartons de conserve, qui se retrouvent  aussi dans la nature après usage sont aussi récupérés par les artisans pour en faire de nouveaux objets utilisables pour d’autre fins : jouets, décorations…

Une valorisation des plantes locales

La luffa

Des chaussures, des gans de lavage, des tapis décoratifs faits à partir de fibres de courge connue sous l’appellation luffa. Ce n’est nulle part qu’au SIAO. Le Togo présente  à ce 13ème salon des objets artisanaux obtenus avec la transformation de produits locaux. La luffa est  une éponge végétale assez rêche, de forme cylindrique, constituée par les fibres séchées du fruit de certaines cucurbitacées grimpantes d’Afrique et d’Asie. Cette plante, alors, utilisée comme éponge naturelle ou tamis est revalorisée par l’artisanat  togolais pour des usages divers.

Le raphia

Le raphia a aussi devant lui de beaux jours, il est utilisé dans la confection d’écharpes, de robes, de peaux de fleurs, de rideaux, de cannes, de colliers et même de portefeuilles et de sacs à main. En rappel, le raphia est une fibre végétale résistante tirée des feuilles de palmier, et utilisée pour la fabrication de liens et de cordages, pour le tressage ou le tissage.

De ce bref arrêt sur les matériaux locaux, nous nous rendons compte à quel point nos artisans innovent. De nouveaux matériaux sont à chaque fois investis dans l’artisanat pour non seulement   témoigner de la diversité des richesses africaines et les afficher aux yeux du monde,  mais aussi pour confirmer l’immense talent des artisans.

BARO Orokiatou

Siao by night : Vive l’artisanat! Vive la culture!

L’on ne saurait parler de fête de l’artisanat sans une coloration musicale à la hauteur de l’événement. Ainsi, à chaque SIAO, un espace d’animation culturelle et artistique est offert au public au sein même du parc d’exposition du salon. Sa particularité, faire surtout la promotion du live. La treizième édition n’a pas dérogé à la tradition. Aussi, depuis le 26 Octobre, jour d’ouverture du salon, les visiteurs ont droit à une bonne « brochette » d’artistes, à des concours de danses et de chants,  et, ce, de 16h jusqu’à 23h. On se souvient de la prestation de la troupe japonaise le 27 qui avait séduit plus d’un . Eh bien hier soir, c’est le « tonton » Bamogo qui a émerveillé le public avec deux titres rétro.  Les soirées culturelles du SIAO, c’est aussi le lieu de remporter des lots avec les partenaires du salon . S’il vous arrive donc de visiter les stands du SIAO, profitez-en pour y passer de bons moments.

Orokiatou Baro

Les échos du SIAO : un bilan à mi-chemin

Le Salon de l’artisanat bat son plein dans la capitale burkinabè. De façon empirique on peut affirmer que les visiteurs ne marchandent  pas leur présence, à voir la foule qui afflue sur le site. Mais une question nous lancine, les exposants sont-ils satisfaits du déroulement du salon,  font-ils de bonnes affaires?  Notre équipe a promené son micro  auprès d’exposants, de vendeurs ambulants, de restaurateurs et de Parker pour  avoir leur appréciation sur l’organisation de cette 13ème édition et des échos  de leurs activités.

Mme Angèle Sanou de l’ Organisation  des femmes handicapées du Burkina L’organisation est  à saluer. En tout cas depuis que nous sommes installés, les gens viennent acheter, on ne se plaint pas.

Groupe d’Action des Femmes pour la Relance Economique du Houet,                   Pour le moment ça peut aller. Les gens apprécient notre travail, on reçoit aussi beaucoup de promesses, on va voir ce que ça va donner. Pour ce qui est de l’atmosphère au SIAO, il est à notre goût les stands sont assez vastes, tout va bien.

M. Sidiki Coulibaly, designer en décoration intérieure , Côte d’Ivoire( stand UEMOA)                                                                                                                               Moi personnellement quand je viens au SIAO, ce n’est pas pour vendre, c’est un salon et non une foire. Et un salon, c’est d’abord un espace où des spécialistes d’un domaine viennent montrer au public et au professionnel, ce qu’il savent faire, ce qu’ils ont créé de nouveau. C’est le 1er objectif. Maintenant si ce qu’on produit plait et qu’on noue des partenariats, qu’on reçoit des commandes ou qu’on se fait de l’argent sur place, c’est tant mieux.

Mme Somda, vendeuse de brochettes                                                                        Pour le moment le marché est lent à notre niveau. Peut être à cause du  coût  du ticket  d’entée, 500Fcfa pour le Burkinabè moyen ce n’est pas évident, il faut en plus payer 200F pour le parking. Également, on est en période de rentrée scolaire et les parents surtout font attention à leurs dépenses. L’organisation est à apprécier mais il faudra que les organisateurs revoient l’attribution des stands.  Mon stand de 5m2,  je l’ai loué à 75 000f cfa avec le comité du SIAO, mais il se trouve que d’autres  ont loué avec des gérants de buvette à des prix moins élevés. Il faudra peut être revoir les prix à la baisse pour qu’on puisse rentabiliser, sinon ça ne va pas.

M. Nikiéma Abdoul Fatahou, parker                                                                                   Le marché n’est pas important par rapport aux années précédentes, la sécurité est très dure, ils ont barré la voie à plusieurs mètres du site, donc les engins ne peuvent pas pénétrer jusqu’à nous. Mais c’est mieux que rien, nous on nous paye 1 500F par jour, ça aurait pu être plus si on recevait beaucoup d’engins. Le problème est que souvent, il y a des clients qui se saoulent et viennent faire la bagarre ici.

Salomon, vendeur ambulant                                                                                            Les gens achètent un peu. C’est que souvent les gens de la sécurité nous fatiguent, sinon le SIAO ça va.

Propos recueillis par Orokiatou BARO

Un sens en moins mais une tête pleine d’imagination

Le handicap, on ne cessera jamais de le dire n’est pas une fatalité. Il ne doit en aucun cas être un prétexte de mendicité mais un motif de plus pour développer l’esprit d’initiative afin de dompter les difficultés du quotidien. Et parlant d’esprit de créativité, d’innovation, les personnes vivant avec des déficiences physiques ou mentales n’en sont pas moins nanties. L’organisation des femmes handicapées du Burkina/ Benkady en donne encore la preuve  à ce 13ème SIAO. Les œuvres de ces braves dames sont exposées grâce au soutien de la république du Japon au pavillon soleil levant. Des pagnes tissés, des objets de décoration faits en bois, des sacs et portefeuilles en pagne africain, voilà autant de chefs-d’œuvre sortis de ces doigts magiques. Mme Angèle Sanou, fondatrice et présidente de l’organisation se dit fière de montrer aux yeux du monde que les personnes handicapées ont aussi  des talents à faire valoir. Il faut dire que l’organisation regroupe des handicapés de toute nature  : des handicapés moteurs, visuels, auditifs aux déficients intellectuels. Handicapée et travaillant dans le social, Mme Angèle Sanou confie avoir traité tellement de problèmes sociaux qu’elle a finalement décidé de créer un cadre de regroupement des handicapés. Cadre dans lequel, ils pourraient mener des activités génératrices de revenus afin de subvenir à leurs besoins car le handicap rime souvent avec misère.  » il faut éviter d’être une charge pour la société, si on veut s’ exprimer, réclamer ses droits, il faut d’abord remplir ses devoirs,  c’est à dire de se prendre en charge et pourquoi pas contribuer au développement du pays ». Aussi  depuis le 30 Novembre 1991 l’organisation se bat pour cette cause. La conquête du marché n’a pas été facile au tout début,  mais à l’heure actuelle, l’organisation est en partenariat avec des boutiques à  Ouagadougou et  Bobo-Dioulasso pour l’écoulement des produits de ses membres. Aussi, reçoit-elle des commandes de l’extérieur du Burkina.   Pour ce qui est de l’exposition au SIAO, l’OFHB/benkady est présente à chaque édition et y fait d’ailleurs de bonnes affaires, selon sa fondatrice. Elle invite les Ouagalais et surtout les handicapés à venir visiter le stand et à se convaincre  que là où il y a de la volonté, il y a toujours des voies de sorties.

L’Organisation des femmes handicapées du Burkina a été créée le 30 Novembre 1991 et reconnue officiellement en 1996.  Son siège se trouve à Bobo-Dioulasso et elle tend de plus en plus à intégrer des hommes handicapés. En plus de la production des objets artisanaux et de la formation professionnelle des femmes handicapées, l’OFHB/ Benkady  mène des actions en faveur des enfants handicapés à savoir la  correction de certains handicaps moteurs et  la scolarisation. Elle assiste également  les enfants des personnes handicapées avec des appuis en fournitures scolaires à chaque début d’année scolaire  grâce aux partenaires comme le Rotary Club International et Vive l’Initiative de Bobo.

BARO Orokiatou